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Lâcher prise

Il n'y a rien de plus compliqué que "lâcher prise". Que ça soit un passé auquel on tient parce qu'il a été celui qui nous a construit et qu'on regrette, une personne chère à notre coeur, un lieu dans lequel on a vécu nos meilleurs moments... lâcher prise n'est pas facile. C'est un processus qui demande non pas du temps, mais plusieurs étapes à traverser. Si on ne passe pas ces étapes, on peut se retrouver bloqué 10 ans sur l'une jusqu'à ce que finalement on y arrive. À ce moment, on peut enfin continuer le deuil. Parce que, aussi irrespectueuse que puisse sembler cette analogie, lâcher prise est comparable au deuil. Je n'aime pas particulièrement faire appel aux théories popularisées par la télévision mais cette histoire des 5 étapes de deuil est presque vrai. Presque parce qu'on ne passe pas forcément par toutes les étapes, les gens ne sont pas aussi fixe et chacun possède une approche différente de la vie et des choses en général. Pour la petite histoire, ce que la télévision utilise pour parler du deuil est une théorie basée sur les travaux d'Elisabeth Kübler-Ross, psychologue suisse, qui dit que l'on passe succesivement par le choc/le déni, la colère, le marchandage, la dépression, et enfin l'acceptation. Elle explique aussi, très justement, que l'on ne passe pas forcément par toutes les étapes, mais qu'on en vit au moins deux, et qu'il est possible qu'au lieu d'aller mieux à mesure que le temps passe, on puisse régresser vers une étape antérieure. 

Je suis passée par deux deuils, et j'ai du lâcher prise d'un passé qui m'a beaucoup plus marqué que je ne le pensais au moment où je l'ai vécu. Je n'ai jamais ressenti de colère, n'étant pas croyante je n'ai pas non plus marchandé pour un retour en arrière. Je n'ai jamais non plus été en état de choc. Je savais ce qu'il arrivait, je suis très terre à terre et raisonnable. Tout ce que j'ai pu faire a été d'être mal au point de ne plus savoir qui j'étais, perdre le goût de toute, même ce qui me semblait être la seule chose qui pouvait me faire tenir. Et deux ans plus tard, je redécouvre petit à petit tout ce que j'ai perdu. Je rêvais de voyager et d'écrire. C'est comme ça que j'ai toujours vu mon avenir. Maintenant quitter mon appartement me semble insurmontable, et je n'ai pas été capable d'écrire une ligne en deux ans. J'ai été incapable de ressentir quoi que ce soit durant tout ce temps, et refusait catégoriquement d'être heureuse malgré le sourir que mes amis pouvaient voir sur mon visage. Ils ont remarqué que quelque chose n'allait pas chez moi, mais voyant que je n'arrivais pas à en parler, ils ne m'ont pas forcée. Je leur en suis reconnaissante : on a tendance à penser qu'il faut que les gens parlent de ce qui ne va pas. C'est ici qu'on a tout faux. Il faut laisser le temps à la personne d'être prête, parce que verbaliser le problème trop tôt le rend réel, et peut nous faire plonger encore plus loin dans le mal. En parler soulage seulement quand on peut en parler. Il faut d'abord qu'on se reconstruise, qu'on reprenne suffisamment de force pour affronter le problème. J'ai besoin de temps pour surmonter mes pensée. Et après ça je peux lâche prise. Je suis très indépendante et n'ai jamais eu le besoin de partager ma douleur pour la dépasser. Je fais avec à ma façon, en n'y pensant pas d'abord, en reprennant goût à la vie, et en la laissant enfin partir. Mais je n'en parle pas, non pas parce que je ne fais pas confiance à mes amis et non pas parce que je ne veux pas être intime avec eux mais parce que c'est ma façon de faire avec. Je sais qu'ils aimeraient que je me confie, mais c'est seulement parce qu'ils ont appris par la société que c'est comme ça que les gens "devraient" faire, quand chacun a une approche différente des choses, tout simplement.

Ne forcez pas quelqu'un à se confier si vous voyez que la confessoin ne sort pas naturellement. Ne soyez pas offensé quand un ami vous dit qu'il va bien alors que vous savez bien que ça n'est pas le cas. N'accusez pas votre ami de ne pas vous aimer parce qu'il est incapable de parler de ses problèmes. Ça n'a rien à voir avec vous. Et si vous pensez que votre ami a un problème juste parce qu'il ne vous en parle pas, c'est en fait vous qui en avez un. Parce que pendant que vous vous plaignez de ne pas être la personne qui sait tout de ses soucis, votre ami cherche par tout les moyens une façon d'aller mieux et de redevenir la personne que vous aimeriez retouver.

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